Blog de l'Association Nationale des Anciens Combattants de Suez et Chypre Opération Mousquetaire 1956
Extrait de l’interview du Général Accart par le Général Christienne
9 mars 1984 au SHAA
(texte remis par Pierre Accart)
"Pendant la durée de ce passage au poste de deuxième sous-chef, s’est produite l’affaire de Suez.
Et l’affaire de Suez s’est préparée à Londres où il y avait eu un Etat-major formé pour la préparer. Nous, nous
étions chargés de la partie purement logistique des opérations en France, qui s’est présentée d’une façon générale assez bien, qui a nécessité le soutien américain car nous manquions de
réservoirs supplémentaires pour faire les missions à longue distance, etc.. Je crois qu’il est bon de savoir que si, ouvertement, le gouvernement des Etats-Unis nous sommaient de mettre fin à
l’affaire du Suez quand elle a été engagée, en ce qui concerne les attachés et les militaires, ils avaient les consignes pour nous aider au maximum. Et pendant qu’il y avait de grandes
protestations à la radio et partout, on nous disait
« Dépêchez-vous, dépêchez-vous de transférer le matériel à Istres et puis de là à Chypre parce que nous
allons peut-être être obligés d’arrêter votre ravitaillement ! ».
C’était très sympathique comme collaboration entre les américains et l’armée de l’air française qui avait envoyé à Chypre essentiellement des F84.
Je me souviens avoir vu passer un samedi soir le général Brohon qui a été le commandant des opérations à Chypre. Il arrivait de Londres et repartait le lendemain pour Chypre. Il venait régler quelques questions complémentaires et si vous le voyez vous pourrez lui demander confirmation. Je lui ai dit.
Mon cher, cette affaire ne me dit rien qui vaille, mais si on y va il faut aller jusqu’au bout sinon ce n’est pas la peine.*
Bien sûr, m’a dit Brohon.
Et vous savez ce qui est arrivé : on a arrêté l’affaire alors qu’elle était presque terminée mais pas tout à fait, ce qui a donné une semi-victoire aux égyptiens qui a amené l’histoire du canal de Suez et une série de catastrophes. Brohon m’a dit ensuite que quand le télégramme avait été arrivé ses équipages étaient prêts à emmener les parachutistes, les moteurs tournaient déjà à Chypre, enfin vraiment en réalité tout marchait bien, les israéliens avaient remarquablement avancé, pour moi c’était une partie qui était quasi gagnée quand on l’a arrêtée mais on l’a arrêtée quarante huit heures trop tôt, malheureusement. Je ne sais pas jusqu’à quel point je n’aurais pas été tenté si j’avais été patron là-bas de mettre le télégramme dans ma poche.
Général Christienne : – C’étaient les anglais qui étaient les patrons.
– Oui, les anglais étaient les patrons, leur flotte était plus ou moins en retard aussi, il y avait Eden qui était malade, à ce moment là, il y a eu un tas de prétextes. Mais finalement, c’est l’exemple type d’une opération qu’il ne faut pas lancer ou alors qu’il faut finir. Et les russes n’auraient pas envoyé de bombe atomique sur Paris parce qu’on aurait continué quarante huit heures de plus, je ne crois pas ! Enfin, c’est un avis tout à fait personnel."