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Blog de l'Association Nationale des Anciens Combattants de Suez et Chypre Opération Mousquetaire 1956

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L'expédition de SUEZ

L'expédition de SUEZ

 

Extraits de l'introduction du livre du Général Beauffre

(publié chez Grasset en 1967).

 

 

 L'expédition anglo-française d'Égypte, dite de Suez, a été l'événement charnière de la période d'après-guerre. Avant Suez, il y avait encore pour le Tiers Monde un. prestige européen, une solidarité des Nations victorieuses en 1945. Après Suez, prestige et solidarité s'étaient effondrés. C'était la fin des empires et la fin d'une époque.

Or, cet événement considérable, produit d'une campagne où la résolution française était dominée par l'hésitation du gouvernement britannique, déclenchée trop tard et sous une conception générale erronée, au milieu de conditions politiques de plus en plus défavorables, a été un bref mais brillant succès militaire conduisant un échec politique complet., L'opinion s'interroge sur cette contradiction et se demande ce qui se serait passé si l'opération avait été déclenchée plus tôt, ou si elle avait pu être prolongée.

 

Je pense que, maintenant que plus de dix années se sont écoulées, on peut tenter de répondre à ces questions, non pas pour satisfaire les curiosités rétrospectives, d'ailleurs légitimes, mais pour en tirer les leçons nécessaires pour l'avenir.

L'échec politique d'une action militaire victorieuse soulève un problème capital. je l'ai abordé sous son aspect théorique dans mes livres de stratégie, en faisant ressortir le caractère « total » des phénomènes de l'action, c'est à dire la nécessité absolue de placer toute opération militaire dans son contexte politique, psychologique, économique et diplomatique. Incontestablement, l'échec de Suez relève d'abord d' une conception trop étroite qui prétendait résoudre un problème essentiellement politique par une action purement militaire

 

Mais là encore, les choses ne sont pas si simples (elles ne le sont jamais) : l'action militaire elle-même avait été enrobée dès le début dans un lacis de considérations politiques qui devait lui enlever une bonne part de son efficacité. Le contresens était flagrant: au lieu d'une conception opérationnelle associant et combinant les actions politiques et militaires, nous aboutissions à une conception fondée uniquement sur l'opération chirurgicale d'une action militaire complètement isolée de son contexte et déclenchée dans le secret, mais freinée et corsetée de considérations politiques. C'est en grande partie à cause de cette expérience que j'ai cru nécessaire, après ma retraite, de m'engager dans les études stratégiques que l'on sait, dans l'espoir d'éviter le retour de pareilles erreurs.

 

Mais l'opération de Suez ne comporte pas que cet enseignement général. Elle met aussi en évidence une foule de remarques utiles: Une opération interalliée, aéroportée et amphibie, à des milliers de kilomètres de la France, représente un problème d'une extrême complexité. Les solutions que nous avons dû prendre n'étaient pas, de très loin , les meilleures, mais elles se révélèrent bonnes quand même. L'enchaînement des décisions qui ont conduit aux brèves opérations des 5 et 6 novembre 1956 met en évidence le caractère contingent de l'action même dans un planning a priori aussi compliqué. L'exemple de Suez montre en pleine lumière les difficultés d'une opération interalliée, ainsi que la réalité entre des impératifs contradictoires et bien loin de ce qu'imaginent ceux qui croient encore à la «simplicité militaire ».

 

Malgré ces raisons déjà puissantes, je n'avais pas pu me décider jusqu'à présent à me replonger dans les souvenirs amers de cette campagne, car, pendant des années, j'en ai gardé un sentiment de frustration tel que je ne pouvais ni en parler, ni encore moins lire les récits plus ou moins inexacts qui en étaient faits. Si je me résous aujourd'hui à écrire sur la campagne de Suez, c'est surtout en pensant à mes compagnons de la Force "A", cruellement déçus comme moi même de l' avortement de l'opération. Il faut que leur action soit connue du Pays et ils ont le droit de savoir pourquoi les choses se sont déroulées comme elles l'ont fait.

 

" Ils en ont d'autant plus le droit que ces exécutants ont été magnifiques.

 Le corps expéditionnaire que j'avais l'honneur de commander réunissait l'élite de l'armée française, états-majors et troupe.

Jamais depuis 1943-45, un corps expéditionnaire n'a eu un moral plus élevé ni une compétence militaire plus complète.

Ce fait a impressionné nos alliés britanniques.

Moins que personne, ils ne méritaient l'échec que la politique a imposé!,

C'est à eux que je dédie ce livre ".

 

 

Merci mon Général.

 

 

 

 

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