Blog de l'Association Nationale des Anciens Combattants de Suez et Chypre Opération Mousquetaire 1956
Journal d’Henri LAFON
Samedi 11 Août midi :
La base est consignée, aucun motif communiqué.
Après midi: La base est mise en état d'alerte, nous préparons nos paquetages, sauf les effets d'hiver. Les véhicules sont chargés de tout le matériel nécessaire à rendre l'Escadron opérationnel
Minuit :Le travail est terminé, aucun ordre de départ, nous croyons à une simple alerte, ou à quelque manoeuvre régionale.
Dimanche 12 Août nuit
Comme électricien je suis sollicité pour des dépannages, j'ai à ma disposition un Dodge 6 × 6, pas question de dormir.
5h.30
L'ordre de départ est donné, j'espère que nous n'allons pas très loin, car je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Je suis conducteur d'un GMC, A.Filippi est mon passager, nous avons en remorque un groupe électrogène. Nous n'avons aucune information sur notre destination, à nous de l'imaginer en fonction de l'itinéraire. C'est ainsi que nous passons par :
Chalons/Marne, Saint-Dizier, Dijon, Chalon/Saône, Mâcon, Lyon.
Lundi 13 Août
Nous passons par : Montélimar, Orange, Avignon, Salon de Provence; au cours des arrêts de 10 minutes toutes les heures de conduite, nous sommes ravitaillés par des provençales, qui nous offrent des melons délicieux; elles nous demandent ou nous allons, et compte tenu des informations quelles possèdent pensent que nous allons en Algérie «mes pauvres enfants nous disent elles ?». Istres se présente à nous : Il est 16h.00 Nous devons faire étape à la base aérienne.
Mardi 14 Août
Nous mettons les véhicules au parking, La base d'Istres n'a pas un casernement des plus confortable, nous avons des chambres de 76 lits à double étages, et les repas sont désastreux 160,00 francs l'un (anciens Francs). La base est consignée.
Mercredi 15 Août
Ce matin est arrivé le train en provenance de Reims, nous le déchargeons.
Jeudi 16 & Vendredi 17 Août
Entretien des véhicules
Samedi 18, Dimanche 19, Lundi 20 Août.
Le matériel reçu par le train est rechargé dans les camions, nous nous préparons à un nouveau départ. Quelle destination? Nous verrons bien.
Mardi 21 Août
Les camions sont alignés en convoi.
11h.00
Nous partons en direction de Marseille, voyage court mais pénible, la circulation est dense, et il fait très chaud. 14h.30.
Nous arrivons au port, poste 154, nous n'avons pas mangé. Nous rangeons les véhicules dans un terrain vague qui borde les quais.
Mercredi 22 Août
En réalité, nous sommes à l'Estaque, mais il est très facile d'aller à Marseille, le tram passe juste à côté. Notre Officier le lieutenant Lapierre nous informe que nous pouvons aller nous promener, mais que nous devons être présent chaque jour à 17h00 pour le rapport. En principe nous devons embarquer sur le cargo «le Vire»,
Vendredi 24 Août
Troisième nuit passée sur la bâche de mon camion, entre deux arceaux. Nous ne pouvons pas avoir le confort et la liberté. Pour les repas, Sainte Marthe nous ravitaille, mais le rata, et le «cuistot» chargé de la distribution nous coupent l'appétit; des mains crasseuses qui plongent dans les gamelles, tout cela dans une poussière provoquée par des travaux routiers, font que notre choix se porte vers le bistrot d'en face. Nous passons la journée à la plage, et à visiter un cargo «L'Aulne».
Samedi 25 Août
Un convoi de 900 tonnes de carburant arrive à l'Estaque, ainsi quelques centaines de fûts de 200 litres occuperont la journée à les décharger
Marseille par le train. Quelle tristesse ce camp de Sainte Marthe. Le sol des chambrées est recouvert de paille «Literie de première qualité» que de chance d'avoir mon GMC et sa bâche.
«Mercredi 29 Août
Nous attendons toujours un navire. Au rapport de 17h.00 le Lieutenant Lapierre nous annonce que notre embarquement est pour demain, sur le Robert Espagne.
Jeudi 30 Août
Au réveil, premier coup d'oeil, le Robert Espagne est à quai. C'est un Liberty ship de 10.000 tonnes. Déjà une équipe de charpentiers est à bord pour confectionner le dortoir à l'arrière du bâtiment, et de chaque côté les commodités; à gauche les douches alimentées à l'eau de mer «pas mal pour se laver», à droite les tinettes qui surplombent la mer.
A 14h.00 nous commençons l'embarquement.
Dimanche 2 Septembre
Le chargement est terminé, les 900 tonnes de carburant sont sur le pont à l'avant, dans les cales sont répartis les véhicules du 1/3 Navarre, et du 3/3 Ardennes. De chaque coté du pont sont amarrés les camions magasins. Interdiction nous est faite d'aller à l'avant du navire «risque d'explosion». A 17h30 nous embarquons avec nos paquetages, mais toujours pas de destination. Nous sommes 70 militaires à bord, sous les ordres de l'adjudant Hacquard. Le dîner est pris à bord. Nous avons une couchette en fait il s'agit de lits à trois étages distants les uns des autres de 50 centimètres, la cheminée de la boulangerie passe en plein milieu de notre résidence d'été, nous n'aurons pas froid pendant la traversée! Depuis notre départ de Reims nos familles ignorent toujours où nous sommes, et où nous devons aller.
Lundi 3 Septembre
Nous appareillons à 9h23, nous fixons cette terre de France qui s'éloigne, et cette eau qui nous sépare de plus en plus de nos familles. Où allons nous? Pourquoi faire? Quand reviendrons nous? Nous perdons la terre de vue à 14h.30. Dès que nous quittons les eaux territoriales le Bosco ouvre sa cambuse et nous vend à des prix détaxés des cigarettes et des boissons, ce n'est vraiment pas cher. Tout va très bien à bord.
Dimanche 9 Septembre
A notre réveil, nous sommes au large de l'Ile de Chypre, but de notre voyage. L'ancre est jetée à plusieurs encablures, le bateau est trop important pour aller à quai.
9h00
Le Robert Espagne est immobilisé, nous avons la visite de la douane et des autorités militaires britanniques. Nous sommes dans le port de Famagouste. Dans l'après midi une baignade est organisée, et malgré les paris, seul le sergent plongera du haut du bateau. Une chaloupe a été mise à la mer pour parer au danger, il y a 50 mètres de fond et nous avons l'impression d'être attiré par les profondeurs. Je ne profiterai que de quelques instants de cette détente car, à 17h.00 je suis de garde à bord, aussi avant les autres je m'exercerai à la pratique de l'échelle de corde, pas évident. Il fait très chaud. Nous passons la nuit dans la rade.
23h.00
A l'aide de barges nous commençons le déchargement, j'y participerai toute la nuit.
Mercredi 12 Septembre
6 h30
Le jour me réveille, comme à Marseille j'ai dormi sur la bâche de mon camion. Nous sommes garés au pied des fortifications de la ville, j'entends le bruit des vagues et, par une petite porte je constate que la mer est juste derrière, je profite de cette gigantesque salle de bain pour faire ma toilette. (A noter notre inconscience vis à vis des résistants à l'armée britannique qui essayaient de récupérer des armes (ma MAT 49 était sous mon siège de conducteur), et commettaient des attentas du haut des remparts.
Un Cypriote est sur la plage, debout, il fait des mouvements de rotation de sa tête, à droite à gauche d'avant en arrière, voilà une bonne façon de se muscler le cou.
De retour au camion une nuée d'enfants nous fait la fête, nous leur distribuons des gâteaux de soldat (Ils ont fait l'Indochine et son durs comme de la pierre, même le café chaud ne les attendrit pas) et des cigarettes. Ils sont ravis.
10h.00
Départ pour Akrotiri, base aérienne Britannique à une dizaine de kilomètres de Limassol,le voyage s'est effectué sous une chaleur accablante et avec une poussière étouffante, les routes sont étroites et mal entretenues, par moment la visibilité était nulle, inutile de dire que ce fût la course à la canette.
19h.00
Une tente nous est affectée, «La villa sans soucis» j'en suis le responsable me voilà donc en présence de mes camarades, ils ont triste mine, ils ont faim et soif d'ailleurs moi aussi. Il faudra attendre le dîner pour pouvoir s'alimenter et se rafraîchir. «Pas de risque de devenir «obèse» Patience donc !!!
Jeudi 13 Septembre
Nous découvrons les installations sanitaires, pour la toilette nous disposons de la bâche à eau qui est devant la tente, quand aux commodités, des feuillets ont été creusés en fosses parallèles et à l'aide de planche pour poser nos pieds nous oeuvrons en pleine nature, jouissant du spectacle des personnes situées devant l'opérant! Il faut nous habituer à vivre dans la nature. (Plus tard des véhicules équipés de douches et de WC nous serons affectés). Pas de travail pour ce matin, j'en profite pour ranger mes affaires, et faire du courrier. Notre adresse S.P. 91 108/ AFN. Après un repas léger, l'après midi est consacrée au déchargement des véhicules, nous n'avons pas beaucoup de courage la chaleur est pénible, lourde. Notre mascotte, le chien loup baptisé Chypre est mort électrocuté, il faut préciser que des câbles électriques traînent partout et qu'un minimum d'attention est nécessaire. Dans la soirée nos bagages sont fouillés un vol à été commis.
Samedi 15 Septembre
Comme d'autres camarades je n'ai pas dormi de la nuit victime d'une diarrhée, je suis consultant, le toubib me donne 2 cachets et 2 jours de repos, et rendez vous pour lundi. Libre, j'en profite pour faire du courrier et commencer ce journal.
Par la suite, nous apprendrons que le 2éme classe, chargé de la désinfection, pour ne rien laisser au hasard, a aussi copieusement saupoudré le pain de DDT. Nous sommes rassurés quand au risque d'épidémie.
Dimanche 16 Septembre
L'après midi nous allons à la plage qui se situe au bas de la falaise. Nous dérangeons les soldats de sa Gracieuse Majesté et qui nous le font savoir. Vexés par se manque de courtoisie, nous nous mettons en tenue d'Adam, idée de génie qui nous a permis d'avoir la plage pour nous seuls.
Lundi 17 Septembre
Nous sommes au Moyen Orient depuis une semaine, mais nous n'avons toujours pas connaissance de la raison de notre présence. Nous allons, depuis le départ de surprise en surprise, (certainement pour que notre joie soit plus grande)? Levé à 5h.00 la routine reprend, déchargement de véhicules, montage de tentes, etc. Les repas sont toujours médiocres, il faut donc trouver des solutions pour améliorer notre ordinaire.
A 19h00 avec Thiebaut nous décidons de faire une «descente » chez les Anglais. Arrivés au foyer, des haricots à la sauce tomate nous font saliver, à nous de jouer des coudes pour nous faire servir
Mardi 18 Septembre
Je me lève à 6h.00 juste pour le rassemblement, les nuits sont très froides les levers sont difficiles. Nous travaillons jusqu'à midi, comme d'habitude le repas est très médiocre. Après une sieste humide tellement le thermomètre est haut, nous reprenons nos activités. Électrification des tentes entre autre. Mardi 25 Septembre
Levé 6h20, je reçois ma première lettre c'est formidable.
A 7 h.00 levée des couleurs et revue d'effectifs. De retour au camp pour déjeuner, j'ai la surprise de trouver sept lettres sur mon lit. Je me fais chiner car les autres mangent sauf moi, trop occupé à ma lecture.
A 13h30 je suis désigné pour travailler à la soute à munitions. Il s'agit de décharger et de stocker des roquettes, et des bombes tout cela avec 2 sardines dans l'estomac.
Samedi 29 Septembre
Reprise des activités, soute à munitions, et activités diverses dans l'après midi.
Dimanche 30 Septembre
La base est consignée, nous décidons de ne pas passer par la porte principale. Nous voici sur la route, chance un camion anglais nous prend en stop, et nous libère juste à l'entrée de la ville. Après de grands remerciements à cet Anglais évolué, nous entrons dans Limassol. Acclamation de la population, «Hello French par ci, Hello French par là», Vive la France, accostés de toute part nous sommes fiers d'être Français; certaines personnes pour nous faire comprendre qu'elles connaissent notre pays nous parlent de Maurice Thorez !!! ?
La ville est à nous cinq, bistrots, restaurants, boutiques, visite du port, etc. Les gens sont charmants avec nous, contents de nous voir et de pouvoir parler avec des Français, et, surtout de notre confiance envers eux car contrairement aux Britanniques nous ne sommes pas armés. Le soir pour rentrer nous avons fait le fond de nos poches pour nous payer un taxi, trop fatigués pour faire à pieds les 10 kilomètres du retour. Journée insouciante, car entre les communautés Grecque et Turque ce n'est pas le parfait amour, et particulièrement avec les Anglais. Beaucoup de vitrines étaient protégées avec du grillage pour éviter la casse ou la pénétration d'objets explosifs.
Jeudi 18 Octobre
Lever à 5h.40. Après le rapport, nous sommes chargés de participer à la construction d'une route pour pouvoir aller jusqu'au camp avec les camions. Elle sera construite avec les galets de la Méditerranée que nous irons chercher au bas des falaises, que d'aller et retour !!!
Lundi 22 Octobre
Journée normale. Des avions sont arrivés de Reims.
Mardi 23 Octobre
Le matin je suis chargé avec mon camion de transporter du matériel. L'après midi, piste. Le soir cinéma « L'Acrobate» avec Fernandel, on nous passe des disques de Brassens et d'Aznavour.
Mercredi 24 Octobre
Aujourd'hui nous attendons des F84F. Pour améliorer le couchage des 2éme classe des matelas pneumatiques et des duvets sont distribués, ils sont les bien venus.
Samedi 27 Octobre
La journée a été fébrile, des avions venant de France ont atterri, Breguet "Deux-ponts", Noratlas, etc.
Dimanche 28 Octobre
Comme je suis d'alerte, je suis consigné dans la tente. A 15h.00 je reçois l'ordre de rejoindre la piste pour convoyer des personnels qui arrivent de France. Ce sont des militaires en civil qui arrivent des bases de Cambrai et de Dijon. Il font une escale technique, mais le but de leur voyage n'est pas connu, parmi eux j'ai vu 2 amis Périgourdins, camarades d'école; Boudar, et Ollivier.
A 19h.30, tout est terminé je regagne ma tente. Toute la journée, se sont succédés : Constellation, Breguet « Deux Ponts, DC 4, Noratlas, Armagnac. (Il ne faisait que passer pour faire le plein de carburant). Nos imaginations sont soumises à rude épreuve, nous ne devrions pas tarder à savoir la raison de notre venue.
Lundi 29 Octobre
Journée très chargée les avions de transport ont continué à passer toute la journée, en fait il s'agit d'un pont aérien raison de la réquisition des avions d'Air France.
Mardi 30 Octobre
L'activité est intensive, les avions sont prêts à décoller, ils sont armés. L'ordre est donné de les passer en peinture.
Mercredi 31 Octobre
La nuit a été normale. Le pont aérien touche à sa fin. Les F 84F sont parqués en bout de piste prêt à décoller. Ils sont armés de roquettes pour les uns, de bombes pour les autres. Le dénouement est proche.
Jeudi 1er Novembre
A l'heure prévue nous sommes au travail. PPV, les canons sont chargés, les bombes et les roquettes sont mises en places, les pleins d'oxygènes sont faits, les groupes sont branchés.
6h.00 Premiers décollages par patrouille de huit avions. Nous sommes informés que des raids sur l'Égypte vont être effectués, avec pour mission de détruire des aérodromes.
10h.00.Second raid
11h.00. C'est le troisième. Le repas est pris rapidement, pour assurer les départs des prochains de 14h.00 et de 16h.30. Pour l'escadron aucun dégât matériel, par contre deux avions ne sont pas rentrés. Le lieutenant Richard, accompagné de Pénobert se sont posés en Israël. Nous dînons à 20h.00 et nous nous couchons aussitôt, car la nuit va être courte.
Vendredi 2 Novembre
Réédition de la journée précédente, levé à 3h.15.
Les premiers décollages ont lieu à 6h.00. Les raids se succèdent au même rythme que la veille. Le lieutenant Richard et Pénobert sont rentrés, pas de bobo. Après un rapide déjeuner pris à 11h.00, les opérations sur l'Égypte reprennent dès 12 h.00 Le travail devient plus intense quelques avions rentrent avec des éclats dans les ailes, ou des avaries qui nécessitent des remises en état très rapides. La journée se termine à 20h.00.
Dîner et dodo, nous sommes fourbus.
Samedi 3 Novembre
Comme la veille, nous sommes matinaux. Toute la journée les opérations se poursuivent à la même cadence que les jours précédents. Il va falloir nous organiser autrement si nous voulons tenir le coup à cette cadence.
Dimanche 4 Novembre
Dés 3h.15 reprise des opérations, mitraillage et bombardement se succèdent. Les pilotes s'en donnent à coeur joie. Ils n'ont pas d'opposition tant et si bien qu'ils prennent des risques. Crouzel, en rase motte lâche ses roquettes si bien que son avion reçoit les éclats de son propre mitraillage quand il passe au dessus de son objectif. Trous dans les ailes sans gravité en seront le résultat. L'armée Égyptienne, équipée de radar Français n'a pas su s'en servir car d'après nos pilotes nous ne leur avons pas communiqué le mode d'emploi!!!
L'après midi je suis de repos, elle sera consacrée à dormir. Depuis le début de la semaine nous mangeons des nouilles à (l'eau) alternées avec des pommes de terre à (l'eau); ce n'est pas gras.
Lundi 5 Novembre
Réveil à 4h.00, je suis d'alerte à la bretelle jusqu'à 10h.00 et repos. L'après midi le lieutenant Richard nous réunit pour nous faire un exposé sur les opérations qui viennent de se succéder, depuis le début des opérations de la campagne de « Police» ! Il y a eu trois phases : Aériennes, Maritimes, Aéroportées. Ce matin les parachutistes ont sautés sur Alexandrie. Les opérations aériennes de ce jour avaient pour but d'aider les paras.
Mercredi 7 Novembre
3h.45. C'est la reprise, je suis à la bretelle jusqu'à 10h.00
A midi, le Général Brohon nous réunit pour nous remercier pour les efforts faits, notre bonne conduite, et notre comportement efficace. Le retour en France est en perspective. Pour la première fois, l'après midi, nous subissons une tempête de sable, nous avons vu évoluer une colonne qui donnait l'impression de relier la terre et le ciel. Le sable rentre dans les yeux, le nez et les oreilles, pas question d'ouvrir la bouche; heureusement l'évènement sera de courte durée. L'activité s'est bien ralentie,
Lundi 12 Novembre
A 17h.00 nous avons la visite du Général Jouhaut (4 étoiles) il nous adresse un discours émouvant, et nous remercie pour notre travail. Avant de nous quitter nous aurons droit à une poignée de main. A 18h.00 de retour au camp, je vais au foyer, le Général Jouhaut est présent. Nouveaux remerciements.
La soirée sera chantante sous la conduite de Thiébaut.
Mardi 13 Novembre
Levé à 7h.00. Je suis à la bretelle jusqu'à 10h.00.
Le restant de la journée en piste pour organiser le retour de nos avions en France (équipés de fusées Jato). Ils sont remplacés par ceux de la base de St Dizier.
Mercredi 14 Novembre
3h.00 c'est le réveil.
Matinée passée en alternance en piste et à la bretelle. Nous accueillons d'autres avions de la base de St Dizier. Nous observons des traces d'étoiles blanches par dessus les cocardes tricolores. En fait les militaires en civil que nous avions accueillis le 28 Octobre allaient en Israël pour participer aux opérations sous les couleurs Israéliennes. Voilà le pourquoi du camouflage des avions. Méthode efficace pour changer rapidement de nationalité
Vendredi 16 Novembre
Nous continuons d'emballer le matériel. Des Mystère IV de retour d'Israël se posent sur la base.
Samedi 17 Novembre
Nuit agitée pour tout le monde. Diarrhée quasi générale, pourtant avec la baisse de la température l'opération DDT a été arrêtée. La nuit a été meublée par la course aux feuillées pour les plus courageux. Pour d'autres, et à cause du froid, le retard pris a eu pour conséquence de voir sécher beaucoup de pyjamas. Qui, ou quoi est à l'origine de cette indisposition?
La journée est consacrée à des travaux d'entretien.
Mercredi 28 Novembre
Aujourd'hui c'est la paye : 18.000 francs. En fait il s'agit de monnaie de «singe». Par la suite, continuité des activités de la veille, et révision et nettoyage de mon camion.
Vendredi 30 Novembre
Depuis hier l'état d'alerte est terminé, mais d'après la radio les nouvelles ne sont pas bonnes. Après le peloton, de retour en piste nous assistons à un défilé aérien : Pas de raison de communiquée. L'après midi continuation des entretiens des véhicules.
Samedi 1er Décembre
Matinée consacrée à des occupations personnelles. Puis après le repas, départ pour Limassol. A notre arrivée grosse déception les magasins sont fermés, j'étais sorti spécialement pour faire des achats. la mer est très forte. Dans la rade plusieurs bateaux de la marine Française sont à l'ancre; Ils nous semblent que la population est beaucoup plus réservée, les armes sans doute. Juste avant le repas nous avons été surpris par une salve d'artillerie, c'était a celui qui se planquerait sous son lit ou qui prendrait la fuite sans oublier le casque; Renseignement pris, il s'agissait d'un tir de canon effectué par les Anglais pour saluer la fin des hostilités. Nous avons eu bien peur.
Dimanche 2 Décembre
Aujourd'hui c'est la Saint Eloi.
Pour la fêter le capitaine Payen nous invite à une réception qui doit se passer en piste. Dés notre arrivée, le capitaine nous fait un discours et nous parle de retour en France. L'ambiance est excellente, le vin aussi, il descend comme du petit lait, c'est un vin de pays très sucré fort alcoolisé. A notre retour au camp j'ai eu les félicitations de mes camarades pour avoir aussi bien conduit !!! C’est la première fois où je ne les ai pas secoués, disent t'ils? Tous nous sommes gais, par précaution les casques sont posés à la tête de nos lits. Traite le vin Cypriote!!!
Lundi 3 Décembre
Au réveil nous avons la bouche pâteuse, eau et orange sont les bien venues. Nous nous retrouvons tous en piste pour assister à un défilé aérien que donnent les Anglais, Canberra et Venons nous sont présentés. L'après midi quelques menus travaux nous occupent.
Dimanche 9 Décembre
Toute la nuit nous avons eu la tempête, il fait un froid de canard, Sur les hauteurs nous constatons qu'il a neigé, le restant de la journée sera une longue attente.
Mardi 11 Décembre
Depuis deux jours je devrais être en France. Nous continuons le démontage des tentes de piste. 10h00 c'est la bonne nouvelle je dois faire mon circuit départ. Le matériel est prêt, moi aussi.
Mercredi 12 Décembre
Rien ? Journée à prendre son mal en patience. 17h.00 c'est parti nous chargeons notre avion, c'est un Nord Atlas. Il pleut, il vente, le terrain est un véritable bourbier, pas de regret de quitter cette île. Le décollage est prévu pour demain matin 6h.00 Nous passons la soirée à nous congratuler malgré la tristesse de ceux qui restent.
Jeudi 13 Décembre
Levés à 4h.00 sans se faire prier, le petit déjeuner rapidement absorbé, nous remplissons diverses formalités, dont la douane. Je suis un peu inquiet, car j'ai une valise pleine de cigarettes Anglaises et de «Lucky stroup» je n'ai pas à l'ouvrir, ouf.
Nous décollons à 6h50.
A 7h.30 nous atterrissons à Tymbou, panne de radio et de badin, pas de chance ? Après avoir réparé et changé d'équipage (Chef de bord Commandant Latour), nous repartons à 9h30. Il fait très froid, le pays est triste sous l'inondation. Dans l'avion nous sommes assis le long du fuselage face au centre. Au milieu il y à du fret qui nous empêche de voir nos vis à vis. Le voyage se passe bien la vue est magnifique, mais au dessus de la Crête des nuages gâchent notre plaisir. A 15h.30 nous nous posons à Brindisi dans le talon de la botte de l'Italie. Escale technique qui nous permet de dégourdir nos jambes et reposer nos oreilles. Nous profitons de cet arrêt pour écrire des cartes postales, comme il n'y a pas de timbres nous donnons de l'argent au serveur du bar pour qu'il se charge de les poster, ces cartes n'arriveront jamais, trop crédules nous avons oubliés que nous étions en Italie. A 16h.30 nous re-décollons, nous survolons toute l'Italie pour arriver en France à la verticale de Nice, la vue est splendide. Au fur et mesure que nous survolons le sol français la nuit tombe, nous ne profiterons pas du paysage de notre pays. Nous arrivons à Reims à 22h.30 (heure cypriote), l'accueil est formidable. Tout est prévu même le déchargement de nos bagages personnels par des soldats. Un car nous attend et nous conduit directement au mess, ou un repas de choix, et copieux nous est offert, et surprise, une permission de 18 jours.
Tout est oublié. A 0h.30 (heure française) je me couche, mais le bruit des moteurs continue à bourdonner dans mes oreilles.
Vendredi 14 Décembre
Je n'ai pas bien dormi, trop mal aux oreilles. Comme nous sommes en permission, avec Degand et Humily nous allons en ville, habillé avec ma grande capote qui descend jusqu'aux chevilles, (choisie pour le retour par mer et par la route)? Au moment de recevoir notre permission celle ci sera modifiée à 20 jours. Heureux.
Epilogue
Nous avions 20 ans, nous avons fait un beau voyage, pourquoi faire? Rien de concret puisque il n'a servi à rien; les grandes puissances de l'époque nous ont menacés, et nous leur avons obéi. Dommage car si nous avions été jusqu'au terme de l'action, cela aurait très certainement changé la suite des évènements.
7 Juin 1957
En récompense de cette campagne, nous avons reçu du commandant Bruyère, commandant la 3éme escadre de chasse, la médaille commémorative française des opérations du Moyen Orient.
Décret n° 57-630 du 22 5 1957, J.O. n°121 du 25 5 1957