Opération 750
Richard Fenasse vient de rejoindre notre
associationIl était
en 56 Sergent mécanicien radar affecté à l'Escadron Corse commandé par le Cne Vaujour sur la BA 113 Saint-Dizier
Détaché au Moyen-Orient dans le cadre de la seconde
phase de l’opération 700 en exécution des prescriptions de l’instruction n°586/EMAA/1/0/DR du 29.08.56 et de la note de service n°116/1°CATAC/1/0/DR du 05.09.56
Son témoignage est fort intéressant, car il a vécu l'opération depuis Israël, et il pose bien des questions sur l'attitude de l'armée israélienne.
Septembre-Octobre 1956:
L’escadron 1/1 Corse est désigné pour une opération spéciale. Nous pensons que c’est encore une alerte d’entraînement (nous étions habitués à ces alertes qui déplaçaient l’escadron sur un
terrain de dégagement avec tous ses matériels de servitude à la mise œuvre de ses F84F, chargés sur les GMC en réserve de guerre dont l’escadron était doté. Pour le service radar:
démontage du banc collimateur A4 et radar de tir AN/APG 30. Je suis responsable du camion atelier radio-radar avec en remorque un groupe électrogène. Nous sommes consignés sur la
base. Tout les matériels pour établir un cantonnement (tente, cuisine, etc..) sont
également chargés dans des GMC.
Ces dispositions dépassent donc une alerte normale… Où allons-nous ?
Nous percevons le paquetage pays chaud (short grande manche, grande chaussette, chemisette, casque colonial). Nous pensons partir en
Afrique. Nous restons consignés sur la base. La veille du départ, un retour rapide des mécaniciens mariés à la cité militaire du Vert Bois pour prendre le restant du paquetage. Emois et pleurs
des familles de ceux qui partent; soulagement pour les autres familles.
??.10.56 au petit matin: Départ de la BA 113, destination annoncée: Base Aérienne de Istres en convoi constitué, chef de
convoi Cne Germain. Nous sommes salués au passage du poste de police de la base par le colonel Gavoille, commandant la base…. Où allons-nous pour mériter un tel honneur? A partir de Dijon,
la N7 nous est totalement réservée, accès bloqués pour les véhicules civils par les motocyclistes du Train de l’Armée de Terre. Beaucoup de véhicules venant d’Allemagne, de Dijon se retrouvent
sur la N7. Adieu le convoi constitué. Arrivée à Istres. Nous sommes cantonnés et consignés sur la base.
En attente de départ. Problèmes sociaux: les dockers de Marseille sont en grève. Nos véhicules et nos matériels sont déplacés d’Istres sur
le port de Marseille et embarqués sur deux bateaux (dont un liberty-ship: le Brest.)
Départ des bateaux. Deux Sergents mécaniciens radar Sarrazin Henri et Gaumin Roland assurent le convoyage des matériels techniques
de l’escadron.
Attente interminable jusqu’au 26.10.56 Départ d’Istres pour Brindisi - 3h30 de vol sur le Noratlas n°119 Commandant de bord: Cne
Carré .L’équipage ne connait pas notre destination. Escale technique pour plein.
27.10.56 Départ de Brindisi pour….. Tymbou ( Chypre) - 5h45 .de vol -Ordre de ne pas s’éloigner: ce n’est toujours pas notre
destination finale.
28.10.56 au soir: Décollage de Tymbou,- 1h25 vol de nuit-mission OPS - destination toujours inconnue. Arrivée sur un terrain en total
black-out. Des sentinelles ( que nous découvrons cachées au sol et qui l‘ont échappé belle, nos vessies étaient pleines !) nous apprennent en anglais que nous sommes…. sur la base aérienne de
Lod… en Israël.
Nous voici enfin arrivés.
Transport par des véhicules de l’armée israélienne dans notre cantonnement (situé dans le village Whilemma au pied des premières collines
toujours tenues par les armées arabes) préalablement établi et très bien organisé par les personnel (arrivés par bateau) sauf que l’usine à oxygène (véhicule névralgique et donc à protéger) a été
installée au milieu du cantonnement: bonjour le bruit.
Un gros problème se pose: il faut assurer la garde du cantonnement (danger d’attaque du camp par les unités arabes encore situées sur
les collines) mais par qui : ce seront les sergents mais heureusement que pour une nuit: par la suite, les israéliens assureront la garde du cantonnement… à notre grand
soulagement.
29.30.10 et 1.11: Arrivée des F84F- Arrivée de mécaniciens en renfort du 2/1 Morvan - Peinture, mise en œuvre des F.84F. Nous sommes prêts
en un temps record. J’ai retrouvé mon camion atelier ( sans ma caisse à outils que je n’avais pas pu récupérer à temps et qui était restée dans le coffre sous le siège; d’ailleurs tout ce qui
était resté dans les véhicules sur le port de Marseille avait disparu)
2-3-4.11: Missions d’attaques au sol des F.84F. Tous nos avions sont de retour, Grande satisfaction des pilotes.
Arrêt des missions sur intervention des USA et de la Russie.
12.13.11: Départ des F84F et des mécaniciens par voie aérienne - Je suis désigné avec notre Officier Téléc , les sergents
mécaniciens avion Maignez et Laurent, les sergents mécaniciens radar Sarrazin Henri et Gaumin Roland pour assurer le rapatriement de nos matériels par les deux mêmes bateaux qui
étaient restés en rade d’Haïfa.
A cinq pour tous nos matériels et tous nos véhicules…. nous devons garder le moral ( car si l’armée israélienne nous avait bien aidés à
l‘arrivée, ce n‘était plus le cas…. après cet arrêt sans gloire de notre intervention) .
Nous assurons des navettes entre Lod et les quais d’Haïfa ( nos deux bateaux sont à quai). Nous devons embarquer les véhicules, les
ranger, les amarrer avec l‘aide du bosco et du commandant en second.
27.11.56: Ordre d’appareiller .Nous avons réussi à embarquer la totalité des matériels et véhicules techniques de l‘escadron. Nous avons
bien malheureusement été forcés d’abandonner quelques véhicules (principalement chargés des matériels non technique) en panne ou qui ne démarraient pas sur le quai d’Haïfa ( à la grande
satisfaction des militaires israéliens qui nous surveillaient sans nous aider depuis le début de réembarquement).
Nous sommes en souci d’avoir abandonné des matériels (aucune justification nous a été demandée par la suite si ce n’est que j’ai du
établir un PV de perte pour ma caisse à outils mais également sans suite). Bonne fille, l’armée israélienne nous fait un cadeau : une automitrailleuse russe.
28.11.56 : Appareillage du Brest (avec les sergent Maignez et Laurent ). Comme sous officiers nous avons droit à un
matelas posé dans l’entrepont avec des…draps blanc. Nous sommes invités au carré des officiers à la table du commandant en second.
Nous n’avons jamais vu le commandant du Brest.
07.12.56: Débarquement à Marseille, direction Saint-Marthe où nous attend l’ordre de rentrer à Saint-Dizier…. par le train de
nuit.
09.12.56 Retour sur la base de Saint-Dizier - Fin de la mission 750
Médaille commémorative française des opérations du Moyen-Orient 22.05.57 - décret n°57.630.
Les sous officiers, chefs de service de l’escadron, ont obtenu la médaille de
l’aéronautique.
Richard Fenasse